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​Vit à Bruxelles, Belgique et à Paris, France

 

​Artiste Français né à Les Lilas (Seine-Saint-Denis, France) 

Diplômé des Beaux-Arts de Paris

 

Représenté en France par la Galerie Faure Beaulieu  

 

Arnaud Faure Beaulieu

+33 (0) 6 23 55 96 83

https://www.galeriefaurebeaulieu.com/

Membre du collectif UNDERCO
http://underco.net

thomasreghem@gmail.com


 

Donner vie à la mémoire et à l’oubli - texte par Egidia Souto
 

«Le véritable artiste aide le monde en révélant des vérités mystiques»  Bruce Nauman

 

   Thomas Van Reghem, diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, est né en 1992 en Seine Saint Denis. Il vit actuellement entre Bruxelles et Paris. Son intérêt pour l’histoire, la géopolitique et la littérature font de lui un artiste nomade en quête d’un nouveau code sémiotique venu d’ailleurs. Dans notre monde voué à une perpétuelle métamorphose, certains univers deviennent les épicentres d’un laboratoire de création ; ils s’adaptent, se décomposent pour être recomposés. Le chaos questionne la vie. L’artiste nous propose une œuvre qui atteint l’universel et qui cherche à lutter contre l’impuissance de l’esprit à corréler tout ce dont il est témoin. Marqué par les dualités construction/destruction, vision/aveuglement, et conscient de la perte, il se veut un passeur, un bâtisseur acharné. L’artiste travaille sur la perte, les limites. Ses créations sont propices à la réflexion sur les incessantes décompositions et recompositions et les mouvements de renaissance. Opposé à la simplicité, il choisit le risque, il se mue en faiseur de mémoire en des terres amnésiques. Il fouille les décombres par le choix de ses matériaux et s’implique avec ténacité dans son rôle de collecte fragmentaire de terre, de cendres, de carcasses, de verre, de débris, de restes, de cheveux, de trou- vailles fugaces pour capter la vulnérabilité de la vie entre les limbes du visible.

 

Thomas Van Reghem frôle l’inframonde, tel un Tirésias, un devin aveugle, au risque d’éveiller des blessures, des inquiétudes et de rompre des silences. Il exhume l’histoire en tirant des lignes pour recomposer, pour déconcerter les repères.

 

Au-delà de leur dimension des possibles, ces lignes ne sont que de nouveaux chemins creusés dans les débris d’autres chemins, des labyrinthes de réminiscences. Les souvenirs font exister un monde polysensoriel comme dans le tableau « Sur mon épaule, l’odeur du feu dans tes cheveux », 2018. Les souvenirs délivrent une partie de tout un chacun et ils sont à la fois le prologue et l’épilogue d’une vie. L’œuvre et l’exposition de Thomas Van Reghem s’imposent par le lien entre les formes et les matières qu’il propose. Elles semblent avoir développé leur propre vocabulaire poétique fait de ruines, de feu, de cendres, de cheveux, d’écorces, de feuilles, d’ailes de papillons, de neige, en somme, de matériaux vivants. matériaux, parfois collectés au cours d’aventures vraiment périlleuses ou atypiques, sont des matière qui respirent, vivent, suent, pleurent, saignent.

 

Recomposer un puzzle impossible, un puzzle dont les pièces ont été perdues et il a fallu modifier celles qui sont restées pour tisser une géographie intime.

 

«Mettre sur une toile ce que l’on voit, c’est bien. Peindre ce que l’on a gardé dans la mémoire c’est encore mieux. C’est une métamorphose de ce qu’on a gardé dans sa mémoire» .

Brian O’Doherty

 

Re-enchanter les ruines

 

Son travail artistique est très proche de celui d’un ethnologue-poète. Nour- ri par de nombreuses lectures, l’artiste s’évade des pages pour sillonner le monde, surtout les pays de l’ex-bloc soviétique. Ses résidences sont nombreuses et depuis 2014, il voyage compulsivement comme pour trouver dans les paysages le corps d’un monde en mutation et des pierres parlantes. Dans la lignée d’un Kant, d’un Novalis, d’Heidegger encore d’Edmund Burke, Thomas van Reghen cherche à rendre compte de la mutation de l’artiste au contact des paysages et des personnes rencontrées ici et là. Il transforme ces moments en matière à création comme dans sa performance «Enlisement de l’incendie» réalisée en 2017 à Kramatorsk au Donbass lors de son troisième séjour.

En effet, voilà bien une pièce marquée par un parcours foisonnant de questionnements, fruit d’une démarche qui vise à appréhender le monde dans sa globalité. Lors de ses résidences, l’artiste s’empare de l’histoire des lieux, il interagit in situ avec les matériaux qui se présentent à lui. Tout est réceptacle pour accueillir les zones d’ombre de l’Homme face à lui-même.

L’artiste met en scène son corps au milieu de la neige dans un lieu dévotement choisi. Il s’y campe pour prendre connaissance de chaque élément ; pierres, feuilles, animaux. Dans son champ de vision, cette nature opaline et désertique où il est temps de verser la cire des bougies et d’allumer le feu pour les fantômes sur la neige immaculée et silencieuse des steppes. Dans un rituel précis, quasi chamanique, par des gestes performatifs, l’artiste ne chercherait-il pas, dans un combat intérieur, à rallumer la flamme du sacré dans des lieux voués à l’obscurité ?

Le sacré se dégage déjà dans Un baiser pour les morts et un baiser pour les vivants de 2015, une installation sonore de litanies liturgiques, faisant écho au travail sur le la mémoire et les rencontres de l’homme, des morts et des icônes à Belgrade. Depuis la révolution de Maidan en 2014 et son premier voyage en mars 2016, d’autres performances font allusion à l’histoire de l’Ukraine, comme, par exemple, Dialogue entre les nuages et le vent russe filmé avec l’artiste biélorusse Julia Pavlovskaya. Cette forme de vidéo-art documentaire, proche de Andreï Tarkovski, filmé en cinq moments différents et en plusieurs endroits symboliques de Kiev à Pripiat et à Tchernobyl, montre l’entre-deux de la guerre, des cultures, de la zone limite fragile à laquelle l’artiste a été confronté.

 

Dans toute son œuvre, l’artiste travaille sur la perte, et ses créations sont propices à la méditation sur la vie et la mort dans une tonalité allégorique qui replace l’artiste au centre d’une réflexion politique. Laisser des empreintes contre l’oubli, fixer les instants poétiques qu’il étaye par son vécu et sa sensibilité. Il s’efforce dans toute son œuvre, depuis 2016, de réveiller des souvenirs. Il s’agit de montrer l’impact des lieux et l’attachement que le créateur leur porte dans sa construction poétique. Pour cet artiste passeur de frontières, né de l’autre côté de Paris, en Seine Saint Denis, tout n’est que zone de transition et il le fait sentir dans une approche frôlant la spiritualité ancestrale. Il déploie toutes les facettes de ce vent russe métaphore de l’invisible. Ce vent-là est-il saisi comme une limite, telle une géographie, ou bien comme un passage ? Trouver des réponses est devenu un hymne de son parcours exalté. Toutes ses œuvres portent les stigmates d’une ligne frontalière.

 

Citons encore les œuvres de 2016, Concentrés et Eparpillés réalisées avec de faux passeports brûlés sur des plaques de verre, plomb et métal. L’artiste a franchi la limite du légal en fabriquant de faux passeports pour rendre hommage aux âmes errantes de la mer Baltique. Ici « où l’on s’aventure sans carte géographique ni passeport d’aucune espèce » pour rappeler l’ethnologue Michel Leiris, tout terrain est une zone faite de révélations. L’artiste exige de son public une implication et un réveil de conscience pour bousculer notre ère. Son récent travail Clés d’un potentiel refuge détruit à Beyrouth, en réalisation depuis 2013, juxtapose des clés, du béton, des clous et des cheveux. L’artiste propose une nouvelle cartographie sensorielle et place l’humain et son histoire tragique, au carrefour de frontières et de déambulations. Gageons que cette œuvre est en perpétuelle quête de la connaissance et de l’inconcevable. En effet, voilà bien une pièce marquée par un parcours foisonnant de questionnements, fruit d’une démarche qui vise à appréhender le monde dans sa globalité. Lors de ses résidences, l’artiste s’empare de l’histoire des lieux, il interagit in situ avec les matériaux qui se présentent à lui. Tout est réceptacle pour accueillir les zones d’ombre de l’Homme face à lui-même.

 

Mosaïque des possibles

Dans sa quête d’artiste habité par une sensibilité de poète, il initie un dialogue avec les œuvres, établissant ainsi un métadiscours qui l’oblige à pratiquer un certain nombre de digressions qu’il n’a de cesse d’emprunter à différents champs où se mêlent des disciplines disparates et des intérêts transversaux comme la poésie. Dans un autre registre, très limpide, lumineux et puissant, l’œuvre Faded Halo de 2016 faite des cendres de poèmes écrits par l’artiste et brûlés sur la place Maidan, en souvenir des barricades enflammées, se veut comme un cri à lire. Sommes-nous face à un poète travesti en sculpteur pour mieux tester les limites de sa poésie et les dépasser en donnant corps au texte ? Pour Thomas Van Reghem le mot est un être en liberté, un ange verbal prêt à crier et à briser la force du verre. Laisser des empreintes sur le verre comme une sorte d’apparition d’un coin d’un monde mystérieux semble être une approche privilégiée de l’artiste dans plusieurs de ses œuvres. Il fixe toute forme de matière à son cercle de verre, ces grands disques translucides sur lesquels il fixe la terre, le fer, les mots. Il est question de détruire et de recomposer un puzzle impossible, un puzzle dont les pièces ont été perdues et il a fallu altérer celles qui sont restés. Comme dans l’œuvre la nuit calcinée et le vent brûlant se levant à l’Est de 2017 où la terre de grès d’Ukraine composée avec des lignes de laiton qui rappellent les ailes des anges. Inspirées par des contes, des légendes et les icônes, ses œuvres illuminent le regard. Les anges hantent l’artiste dans ses récentes créations comme dans Uriel, où une suie de cierges du Donbas, des traces d’aile d’oiseaux, du verre et du métal sont la confirmation que pour lui que la matière respire, vit, sue, pleure, saigne. Finalement, la géographie humaine n’est plus qu’une cartographie corporelle.

Les paysages, la terre, les récits de vie sont une inspiration génésiaque, un lieu de rencontre entre l’artiste et les éléments du sacré. Dans une ligne tellurique, Thomas Van Reghem est capable de s’unir à la terre pour pouvoir opérer sa propre transcendance et vivre le sacré caché. Il s’adonne en sculpteur, à briser, à calciner, à bruler la matière, afin de tisser ce qu’Edouard Glissant appelle « une poétique de la relation, selon laquelle toute identité s’étend au rapport à l’autre » . Explorer la caverne allégorique, c’est bien la mission que s’est donné cet artiste audacieux.

 

Egídia Souto Maître de conférences, Université de la Sorbonne-Nouvelle, Paris 3.

                                                    Publications / Press

Greek Moment grec / Editions du Regard

Publié par un collectif placé sous la direction d'Emmanuel Saulnier, qui fut directeur de l'Ecole des Beaux-arts de Paris. A l'origine il y a deux conférences d'Emmanuel Saulnier en décembre 2014, au Palais de Tokyo, à Paris, et en mai 2015, à l'Institut de France d'Athènes sous le titre : « conditions d'existence, présence élitique, moment grec ». Ce projet tient compte de la production de l'atelier de sculpture expérimentale d'Emmanuel Saulnier à l'Ecole des Beaux-arts de Paris entre 2014 et 2016. Parmi les nombreux contributeurs : Artistes, historiens, critiques, écrivains, cinéastes, grecs et français : Pierre Alexis Dumas (à l'origine de cette étude avec Emmanuel Saulnier), Alfred Pacquement, Nicolas Bourriaud, Fay Zika, Fabrice Vannier, Mâkhi Xenakis, Olivier Descotes, Yiannis Boutaris, Maria Tsagkari, Maria Tsantsanoglou (directrice du musée national d'art contemporain de Thessalonique), etc. La démonstration que la Grèce ne pourra jamais être limitée au diktat de l'Europe. Bilingue : français-anglais.

Reportage TF1 - Les Beaux-Arts de Paris, 2017
Reportage ARTE - Les Beaux arts de Paris, 2012

Le Bonbon - interview exposition 


Connaissance des Arts - Remonter les trace du vent Russe
Télérama  - Remonter les trace du vent Russe
OFFI - 
Remonter les trace du vent Russe

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